René Rovellotti (1941-2016)

C'est depuis l'enfance que René a confié à la matière ses sentiments… méditations dans les prés environnants en sculptant des bateaux, de frêles bateaux de bois qui voguaient sur les canaux d'arrosage, emportant les peurs, les déceptions, les hontes, les désirs.

Sa sensibilité et son désir de bien faire ne trouvaient pas l'écho qu'il attendait dans sa famille. Les temps étaient durs, l'argent rare, les parents travaillaient beaucoup.

René est né en 41, c'était la guerre.

Sa grand-mère menait seule la charrue dans les champs à labourer.

Sa mère avait été à rude école. Provençale, elle avait eu à apprendre le français, à grand peine, mais elle savait compter. A 8 ans, c'est elle qui tenait les cahiers.

Son père partait à vélo pour des chantiers éloignés. Il tenait le guidon de la main droite. Sur l'épaule gauche, il tenait le sac de ciment.

Le courage et l'endurance lui ont été imposés dès ses premières années. Aux vacances, il poussait le charreton chargé de briques et de ciment.

La vie n'a pas non plus été tendre avec lui.

Guerre d'Algérie, amis blessés, horreurs commises par certains. Il est témoin.

Généreux, il s'indigne mais n'en a pas le droit. Comme à l'école, comme à la colo, il y a des maîtres, il faut obéir.

Il en gardera une rancune muette. Les mots sont trop faibles.

C'est dans le bronze qu'il écrira.

Lentement il s'approprie la technique. Le modelage parle. La terre, puis la cire, le métal à souder, puis les bambous, les feuilles et les branches même.

Tout se transforme en tensions, en envols impossibles, en désir d'harmonie ... 

La danse le fascine. Les corps sont tendus dans une quête étrange.

Tantôt les animaux proposent leurs formes rassurantes.

Tantôt les taureaux luttent, masses rebelles. Ils s'élancent, se livrent à corps perdu dans des combats désespérés.

Les chairs parfois disparaissent.

Les vides laissent au visiteur le droit de créer avec ses propres intuitions, ses propres rêves.

Le musicien penseur, à l'écoute de son instrument, évoque l'aveu d'une tendresse, d'une fatigue, d'un essor inaccompli.

Le faune trouve une beauté brute et ensorceleuse. Partout, comme dans les centaures, le paradoxe est inévitable.

L'artiste en est le témoin écartelé.

Il a été emporté soudain vers un au-delà trop puissant.

Ce 29 septembre 2016 .

Sa sensibilité, sa créativité, son courage, lui survivront.